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Bonne année aux européens handicapés
« Un électrochoc culturel », Interview

Magazine "Faire Face" N°606 Janvier 2003

Couverture Faire Face

Le passage à 2003 sonne l’heure de l’année européenne des personnes handicapées. Des centaines de manifestations devraient ponctuer cette année qui sera également marquée, en France, par la réforme de la politique du handicap.

Le nouvel an est déjà loin mais c’est le moment ou jamais de faire un vœu. L’année européenne des personnes handicapées sera en effet officiellement lancée le 3 février à Rennes. Et la liste des objectifs qui lui a été a assigné par le Conseil de l’Union européenne ressemble à un catalogue de bonnes résolutions : favoriser le plein exercice de leurs droits, promouvoir une représentation positive, sensibiliser aux multiples formes de discrimination… Bref, améliorer la vie des 38 millions d’handicapés européens qui représentent environ 10% de la population des Quinze. «Le principal objectif est de faire avancer le programme politique visant la pleine et entière intégration des personnes handicapées, programme qui a été défini (…) dans notre document Vers une Europe sans entraves pour les personnes handicapées» précise Anna Diamantopoulou, commissaire européenne chargée de l'emploi et des affaires sociales.

Cette année pas comme les autres est organisée par la Commission européenne en partenariat avec le Forum européen des personnes handicapées, une organisation qui regroupe des associations, des entreprises, des individus… engagés dans la promotion des droits des personnes handicapées. Une grande partie du budget de 12 millions d’euros que la Commission a dégagé pour cet événement a été répartie entre les organismes nationaux de coordination de chaque Etat membre composés de représentants des ministères et des associations de personnes handicapées. Charge à eux de susciter la création de manifestations locales qui prendront la forme de festivals, de débats, de conférences, de défilés, etc.

Le Ministère de la santé, de la famille et des personnes handicapées avait ainsi lancé il y a quelques mois un appel à projets. Plus de 600 dossiers ont été transmis pour avis au Comité français de coordination. « Je ne m’attendais pas à une telle créativité » reconnaît Jean-Luc Simon, son président (voir interview ci-dessous). Au final, une centaine ont appris il y a quelques jours – tardivement peut-on regretter - qu’elles allaient se voir attribuer une aide financière ne dépassant pas, comme convenu, 50% maximum de leur budget. Ces subventions représentent près de la moitié des 800 000 € attribués à la France par l’Europe pour cette année européenne. Le reste sera essentiellement consacré aux sept colloques régionaux organisés par le ministère. L’Etat français y est allé également de son – léger – coup de pouce financier : la Direction générale de l’action sociale a provisionné des fonds pour compléter, sur certains projets, les financements apportés par l’Union européenne et les différents partenaires.

Mais au-delà même de ces actions ayant bénéficié de fonds estampillés « année européenne », des centaines de manifestations devraient se dérouler cette année un peu partout en France. Certaines auront lieu au passage du bus européen qui, après avoir traversé la Grèce, l’Espagne ou encore le Portugal, sillonnera la France du 17 avril au 20 mai avant de poursuivre son périple en Allemagne puis en Grande-Bretagne, etc. Le passage de ce podium ambulant, dont la vocation est d’informer les gens et de provoquer la rencontre entre les personnes handicapées et non-handicapées, devrait être l’un des moments forts de cette année avec son lot d’animations au cœur des villes traversées.

Le tout sera soutenu par une campagne de communication. « Le message que nous souhaitons faire passer est le suivant explique Jean-Luc Simon : « Ce qui est mieux pour nous est bon pour vous. » C’est à dire que la réponse aux besoins des personnes handicapées est un facteur de développement pour toute la société. Nous n’avons pas suffisamment d’argent pour financer des pubs télés ou radio mais nous espérons que ce message sera repris par le comité d’entente (Il regroupe 59 organisations nationales représentatives des personnes handicapées) qui a obtenu le label « Grande cause nationale » pour l’année 2003. Ce label permet en effet à une campagne d’obtenir des diffusions gratuites sur les radios et télévisions publiques. De quoi imprégner encore un peu plus les esprits.

Cette année européenne des personnes handicapées tombe en effet à point nommé. Car 2003 devrait s’avérer décisive pour les citoyens handicapés français. Jacques Chirac s’est engagé a ce que le projet de réforme de la politique du handicap soit soumis au conseil des ministres avant l’été en vue d’un examen par le Parlement à l’Automne. Au centre de cette réforme : le futur droit à compensation. Toutes les manifestations prévues dans le cadre de l’année européenne devraient permettre aux personnes handicapées de faire connaître leurs vœux… et entendre leur voix

Pour en savoir plus :
Les sites officiels de l’année européenne des personnes handicapées

Le site français
Le site Européen


Interview
Jean-Luc Simon, Président du comité français de coordination de l’Année européenne des personnes handicapées

« Un électrochoc culturel »

Qu’attendez-vous de cette année européenne des personnes handicapées ?

J’en attends un véritable électrochoc culturel : transformer la perception que l’on a, non pas du handicap, mais des personnes handicapées et de la vision des réponses à leur apporter. Ne plus raisonner en termes de charges et de coûts supplémentaires mais en termes d’investissement global permettant une amélioration de la société pour le mieux-être de tous.

Quelle a été votre priorité pour la préparation de cette année… ?

D’abord la participation des personnes handicapées. Tant dans la constitution du comité que dans la conception des messages qui seront déclinés. Mais aussi appeler et encourager la participation des personnes handicapées aux différentes manifestations qui auront lieu. Le comité est composé, à raison d’un tiers chacun, de représentants associatifs du Conseil national consultatif des personnes handicapées, de personnes compétentes – toutes handicapées ou parents d’enfants handicapés, et de représentants de l’Administration. L’année européenne doit avant tout servir à mettre en valeur les compétences des personnes handicapées. Cela commence par l’équipe même du Comité.

Vous a-t-on donné les moyens de vos objectifs ?

Les moyens, j’ai commencé à les réunir avec un gouvernement et j’ai dû continuer avec un second. La période de changement de gouvernement a rendu les choses plus difficiles parce qu’il y a eu six mois d’inévitable flottement. La préparation a certes beaucoup souffert d’un manque d’organisation mais aussi et surtout de ce ‘’blanc’’. Nous avons cependant eu la chance que l’année européenne prenne un sens particulier avec les déclarations du Président de la République sur le handicap maintenant considéré comme une priorité nationale.

D’accord mais vous a-t-on donné les moyens financiers ?

Je ne peux répondre que non pour le moment. Le coût de la préparation n’est pas pris en charge par l’Europe et j’ai beaucoup souffert d’un manque de soutien logistique. J’ai un bureau, un téléphone, etc. mais pas d’assistant. Même si je le répète, le plus dur a été cette période de transition présidentielle car je suis resté plusieurs mois sans cadrage.

Au-delà de ces moyens propres au fonctionnement du comité, quels sont les moyens dont vous disposez pour financer les différentes manifestations ?

On a une enveloppe, qui est ce qu’elle est, de 800 000 €. La moitié sera consacrée au soutien direct des projets. Le reste le sera à de la communication, c’est à dire surtout aux sept forums régionaux organisés par le ministère (voir encadré ci-contre). Bien sûr, ce n’est jamais assez. Vu le nombre de dossiers qui nous ont été soumis suite à l’appel à projets que nous avions lancé, il aurait fallu trois fois cette somme. Mais nous sommes là pour initier les choses pas pour les prendre en charge. Le soutien financier que nous avons accordé à quelques projets identifiés comme les plus représentatifs des objectifs de l’année européenne va susciter d’autres actions favorisant les rencontres entres personnes handicapées et non-handicapées.

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